La Revanche des lapins est un album étrange, qui ne ressemble pas aux autres. La couverture, d'emblée, alerte le lecteur par son atmosphère onirique: le détail d'une tête de lapin, en très gros plan et en oblique, occupe les trois-quart de l'image et plus bas, plus petit, dans une posture paralèlle, un autre lapin "volant", sur un fond noir. Quand on découvre ensuite que l'album est classé dans la collection "minidrame", le ton est donné, d'autant que la première planche représente un lapin mort, écrasé sur la route par une camionnette qui s'éloigne. Toute la force de l'album de Suzy Lee tient en cette équation subtile: un titre et un contexte qui installent l'histoire dans une tonalité "noire", sans aucun texte, ni légende, ce qui laisse l'imagination et les fantasmes se développer en liberté. Les illustrations sont très réussies: l'image du lapin inanimé, dans son dépouillement et sa simplicité, est pathétique. Laissons le lecteur découvrir comment les lapins se vengent puisque c'est de cela qu'il s'agit, ajoutons simplement que les angles choisis, des plans d'ensemble aux effets de zoom, sont variés et expressifs, et quoiqu'on s'attende au pire (c'est la force de l'album), tout fini bien. Un album beau et profond, dont on se souviendra...
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